Une petite île aux grandes ambitions

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◆ L'essentiel en 30 secondes

  • Maurice évolue sans effacer son histoire : Cultures, traditions et nouvelles influences trouvent naturellement leur place.
  • Construire avec ceux qui vivent l’île : Écoute, confiance et ambition permettent aux Mauriciens de devenir acteurs des projets.
  • Une jeunesse qui regarde plus loin : Connectée et ouverte sur le monde, une nouvelle génération porte de nouvelles ambitions.

Rencontre mauricienne : une conversation avec Jean-Baptiste Gobelet

Comment une île se transforme-t-elle sans perdre ce qui la rend unique ?

Il connaît les terrains de rugby, mais surtout ce qu’ils peuvent raconter d’une société. Ancien joueur professionnel de rugby à XV, double champion de France avec Biarritz et international français de rugby à 7, Jean-Baptiste Gobelet a vécu le sport au plus haut niveau avant que son parcours ne le mène de la France aux États-Unis, puis à Maurice.

Une île devenue bien plus qu’une étape professionnelle. Il y œuvre aujourd’hui au développement du rugby, y a fondé Academy of Sport Mauritius, mais y a aussi construit sa vie et regarde désormais ses deux filles y grandir.

À Maurice, le rugby lui offre un point de vue singulier sur une île en pleine évolution. Car faire grandir une discipline face à des traditions sportives déjà installées, c’est aussi apprendre à écouter, transmettre et bâtir sans simplement reproduire un modèle venu d’ailleurs.

Au fil des années, son regard s’est porté bien au-delà des lignes du terrain : sur cette capacité très mauricienne à faire cohabiter les différences, sur une jeunesse qui regarde de plus en plus loin et sur les ambitions qu’une petite île peut choisir de porter.

Avec Jean-Baptiste, nous avons voulu parler de rugby, bien sûr. Mais surtout de ce que le sport peut nous apprendre de l’île Maurice de demain.

Portrait de Maurice

Maurice en une valeur ?
L’ouverture. Une île qui évolue sans cesse, ouverte aux idées, aux talents et aux nouveaux projets. Sa capacité à accueillir des influences venues du monde entier tout en préservant son identité est, selon moi, l’une de ses plus grandes forces.

Maurice en une émotion ?
La sérénité. Un sentiment de calme, loin de la frénésie des grandes métropoles européennes ou américaines. Ici, je retrouve un équilibre qui permet de prendre du recul et de revenir à l’essentiel.

Maurice en un paysage ?
Le Morne. Un lieu fascinant, presque tellurique. Un paysage qui porte à la fois la puissance de la nature et une part profonde de l’histoire de l’île.

Maurice en un mot ?
Connectée. Au cœur de l’océan Indien, Maurice est un carrefour entre l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient. Une île ouverte sur le monde, où circulent les cultures, les idées et les opportunités.

Tu as vécu en France, aux États-Unis puis à Maurice. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris dans la manière de vivre des Mauriciens ?

Ce qui m’a le plus surpris, c’est cette capacité à vivre ensemble malgré les différences.

À Maurice, plusieurs cultures, religions et traditions cohabitent au quotidien sans pour autant gommer leurs singularités. Chacune conserve son histoire et ses repères, tout en participant à quelque chose de commun.

Cette ouverture se retrouve également dans les relations professionnelles. Autour d’une même table se rencontrent des parcours, des références et des façons de penser très différents.

Je crois que cette capacité à faire de la diversité une force collective est l’une des grandes richesses de Maurice, et probablement l’une des clés de son développement.

Maurice réunit des cultures, des langues et des histoires très différentes. Qu’est-ce que cette diversité change concrètement dans la manière de travailler, de créer ou de construire un projet ensemble ?

Elle oblige d’abord à une forme d’humilité. On ne peut pas simplement arriver avec une vision et chercher à l’imposer. Il faut parvenir à faire émerger une vision commune.

Chacun apporte une part de son histoire, de sa culture, de son expérience et parfois une manière très différente d’aborder un même sujet. Tout l’enjeu consiste à créer les conditions pour que ces différences ne soient pas seulement juxtaposées, mais qu’elles nourrissent réellement le projet.

Je le vois particulièrement dans le sport. Sur un terrain, les origines et les parcours peuvent être très différents. Mais dès lors qu’un objectif commun existe, la diversité cesse d’être une différence à gérer : elle devient une force collective.

→ Découvrir une autre facette de l’île Maurice

Le rugby était encore confidentiel face à des traditions sportives bien installées. Qu’est-ce que son développement raconte, selon toi, de la capacité de Maurice à accueillir de nouvelles influences sans perdre son identité ?

Le développement du rugby montre justement que Maurice sait évoluer sans renier ce qu’elle est.

Nous n’avons jamais voulu importer un modèle étranger et le reproduire à l’identique. Il fallait imaginer quelque chose qui corresponde à une île, à sa population et à ses réalités.

C’est aussi pour cela que nous avons développé différentes formes de rugby — Touch, Sevens, Tens et XV — afin que chacun puisse y trouver une porte d’entrée, quels que soient son âge, son parcours ou sa manière de pratiquer.

Aujourd’hui, le rugby a trouvé sa place dans le paysage sportif mauricien. Il rassemble des publics très différents, crée des parcours pour les enfants dès l’âge de cinq ans et permet également à Maurice d’accueillir des événements internationaux.

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans cette histoire, c’est qu’une influence venue d’ailleurs ne soit pas simplement restée étrangère à l’île. Elle a été adoptée, adaptée puis portée par les Mauriciens eux-mêmes.

→ Vivre l’énergie du Mauritius Sevens

Quand on arrive avec une idée ou un projet à Maurice, qu’est-ce qu’il faut comprendre de l’île et de ses habitants pour réussir à construire avec eux, plutôt qu’à côté d’eux ?

Il faut venir avec de l’ambition. Je crois beaucoup à l’exigence, aux standards élevés et à une véritable culture de la performance. Mais rien de tout cela ne peut se construire sans comprendre le territoire dans lequel on arrive.

Il faut prendre le temps d’en saisir la culture, les rythmes et les personnes. Et surtout comprendre que rien ne remplace la confiance.

L’ambition et l’exigence ne s’opposent ni à l’écoute ni au respect. Au contraire, les projets les plus solides sont ceux qui parviennent à réunir les deux.

Pour moi, la réussite se mesure aussi à cela : les meilleurs projets ne sont pas ceux dont les Mauriciens deviennent simplement les bénéficiaires. Ce sont ceux dont ils ont envie de devenir les acteurs.

À travers les jeunes Mauriciens que tu rencontres aujourd’hui, qu’est-ce qui te rend le plus curieux ou optimiste pour l’île Maurice de demain ?

Je vois une génération de plus en plus familière des codes de la performance et naturellement ouverte sur le monde.

Les jeunes voyagent davantage, sont connectés aux nouvelles technologies et ont accès à des références qui dépassent largement les frontières de l’île. Mais surtout, je les vois oser rêver plus grand.

Notre responsabilité est de leur offrir un cadre dans lequel ce potentiel puisse pleinement s’exprimer : par l’éducation, le sport, la discipline, la transmission et l’ambition.

Je suis convaincu que Maurice a le potentiel pour devenir une référence sportive, à condition de considérer la jeunesse et le sport comme de véritables investissements pour l’avenir.

Parce qu’au fond, la taille d’un territoire ne devrait jamais déterminer celle de ses ambitions.

Le dernier regard

« À Maurice, j’ai découvert qu’une petite île peut porter de très grandes ambitions. Le ciel est la seule limite, à condition d’avoir de l’ambition et de cultiver une véritable culture de la performance. » Jean-Baptiste Gobelet

Vivez la légende…